Le microcosme du WRC est en ébullition. Pas tellement parce que Ott Tänak se dirige tout droit vers son premier titre mondial. Pas non plus parce que Sébastien Ogier a vu s’envoler ce qui étaient peut-être ses derniers espoirs de conserver sa couronne suite à une panne hydraulique dès vendredi matin. Pas parce que Thierry Neuville – auteur d’une excellente première journée – vient de prendre la tête ce samedi matin.

Non, si ça bouillonne dans tous les motorhomes des équipes officielles, et dans les casques des pilotes, c’est en raison des infos qui ont fuité dès le premier jour du Rallye de Catalogne, et d’un ‘incident’ extra-sportif.

Nos collègues britanniques d’Autosport ont allumé la mèche. Ce qui était une rumeur – persistante – prenait corps avec l’abandon du conditionnel: Ott Tänak sera pilote Hyundai dès 2020. Depuis des mois, l’Estonien et son entourage négocient avec Andrea Adamo. Au Portugal, déjà, nous avions assisté à une longue conversation entre Markko Märtin, le manager de Tänak, Andrea Adamo et Alain Penasse.

Photo Jaanus Ree/Red Bull Content Pool

Depuis, les responsables de Hyundai ont confirmé discuter – ou avoir discuté – avec le probable futur Champion du Monde. Mais récemment aussi, Andrea Adamo avait précisé que les discussions s’étaient arrêtées. Et si elles s’étaient arrêtées simplement parce que devenues inutiles , c’est à dire qu’un accord de principe était pris ?

Dans le parc d’assistance de Salou, pilotes, responsables des teams et communicants ont le même discours depuis vendredi matin: rien de tout cela n’est vrai et l’annonce du départ de Tänak de chez Toyota est totalement prématurée. Mais en « off », une fois que les micros sont éteints, les enregistreurs arrêtés et les calepins rangés, dans tous les teams, les sources – voulant rester évidemment anonymes – confirment toutes la même chose: « C’est fait! »

Les tensions entre Tänak et certains membres de l’équipe Toyota – jugés trop pro-Finlandais – auraient donc fini par lasser l’Estonien. Même si la Toyota est la plus redoutable des WRC actuelles, Tänak chercherait un environnement de travail plus serein, plus stable et moins « politique ». La question de son futur salaire – qu’il a désiré discuter voici plusieurs semaines déjà directement avec les patrons japonais de Toyota plutôt que Tommi Mäkinen – est évidemment un autre paramètre qui a influencé sa décision.

Toujours est-il que le paysage du WRC s’en retrouvera(it) ainsi bouleversé, avec une paire explosive Tänak-Neuville chez Hyundai. Thierry est sous contrat avec le constructeur coréen jusqu’en 2021. Cependant, les contrats ne sont pas incassables. Mais ce n’est pas celui de Thierry Neuville avec Hyundai qui serait le plus susceptible d’être rompu.

Le natif de Hünningen a ainsi déjà dit qu’il préférait avoir Tänak face à lui dans une Hyundai plutôt qu’une Toyota… Et le manager de Thierry dit clairement que « cela ne changerait rien pour Thierry ». On ne croit pas un instant que la présence de deux coqs dans un même poulailler n’inquiète pas – très fort – Thierry et son entourage, mais le discours officiel semble déjà prêt et taillé sur mesure.

Photo Jaanus Ree/Red Bull Content Pool

Venons-en donc à la deuxième « affaire » du week-end, qui est évidemment liée à la première. Tout a commencé lorsque Sébastien Ogier est tombé en panne d’hydraulique dans la deuxième spéciale, devant disputer également la spéciale suivante sans assistance de direction. Le Français perdait logiquement plus de 4 minutes et tout espoir de bon résultat. Dans la foulée, Andrea Kaiser – Mme Ogier – s’en allait de deux tweets assassins vis-à-vis de l’équipe Citroën. Une équipe qui « devrait avoir honte de mettre un Champion du Monde dans une voiture pareille », accompagnant son discours de charmants petits étrons et d’un #Shitroen qui voulait en dire long. Mme Ogier finira quand même, sur demande de son mari de pilote, rappelé à l’ordre, par retirer ses injures.

Tänak chez Hyundai. Et Mme Ogier fâchée. Deux événements indépendants? Pas vraiment… En effet, alors que l’info Tänak se répandait comme une traînée de poudre, une deuxième commençait à circuler tout aussi vite: à la demande du Japon, à la fois vexé et fâché, Toyota aura bel et bien quand même un des 3 « top guns » dans ses rangs l’an prochain. Et ce serait Ogier, qui casserait son contrat Citroën – ou provoquerait sa rupture – pour rejoindre le constructeur japonais. Et dans ce cas, que fera Citroën? Qui pour remplacer le Gapençais? Ou, peut-être plus simplement, stop ou encore?

Ces tweets d’Andrea Kaiser étaient-ils « innocents »? A-t-elle fait ça sans arrière-pensée? Ou sans ‘consignes’? Wait and see. Si Tänak est titré dès ce dimanche à l’arrivée du Rallye d’Espagne, cet imbroglio devrait être rapidement démêlé. (Vincent Marique, à Salou)