En 2018, les Total 24 Hours of Spa fêtent leur 70ème édition. Au fil des ans, cette classique de l’endurance a été la pierre angulaire de quelques étapes importantes des courses longue distance internationales. Cette rétrospective, en trois parties, revient en détails sur l’histoire de l’épreuve.

1ère Période : 1924-1953

Après la Première Guerre mondiale, les Européens sont impatients de reprendre le cours de leur vie. Organiser des épreuves sportives d’envergure est l’une des façons d’y parvenir.

En 1921, un nouveau circuit est créé dans les Ardennes belges, autour du petit village de Francorchamps, près de Spa. Le légendaire circuit de Spa-Francorchamps est né. Un an plus tard, le Royal Automobile Club de Belgique, la fédération automobile belge, organise un Grand Prix et, après avoir assisté au succès de la première édition des 24 Heures du Mans en 1923, les dirigeants de la fédération belge décident de créer leur propre épreuve d’endurance. L’objectif est de donner aux constructeurs automobiles belges l’opportunité de se mesurer à la concurrence étrangère sur leur sol.

Les 19 et 20 juillet 1924, 27 voitures sont au départ du « Grand Prix de Belgique ». Le système d’éclairage des voitures étant loin d’être suffisant pour rouler dans l’obscurité, deux cents lampes à acétylène sont placées autour de la piste, d’une longueur de 15 kilomètres. Il y a même des feux d’artifice le samedi soir ! Un des plus étonnants point du réglement est d’imposer au même mécanicien de rester dans la voiture pendant les 24 heures de course, tandis que deux pilotes se relaient au volant. Bien que la pluie et le brouillard perturbent l’édition inaugurale des 24 Heures de Spa, les vainqueurs, Henri Springuel et Maurice Becquet, au volant de leur Bignan 2.0 l, atteignent une vitesse moyenne de 78 km/h.

L’enthousiasme créé par cette première édition incite à poursuivre l’année suivante, et même si la concurrence des 24 Heures du Mans est de taille, la grille de départ de Spa aligne 48 voitures. André Lagache, René Léonard et leur 4.0l Chenard & Walker inscrivent leur nom au palmarès de Spa, suivis un an plus tard par André Boillot et Louis Rigal, en tête de bout en bout sur leur Peugeot 18 CV.

En 1927, Excelsior devient le seul constructeur belge à remporter la course. Peu de spectateurs sont témoins de cet impressionnant doublé car les conditions météorologiques sont les pires que l’on puisse connaître à Spa, il pleut pendant près de vingt heures. Ces conditions font obstacle à un succès total pour les Belges car la troisième voiture sort de la piste à 4 heures du matin, démolissant cinquante mètres de clôture avant de heurter un arbre. Fort heureusement, le robuste châssis de l’Excelsior « Albert 1er » (baptisée ainsi du nom du Roi de Belgique) sauve la vie du pilote.

L’année suivante, aucune voiture belge n’est au départ, et bien qu’il y ait sept voitures américaines sur la grille (cinq Chrysler, une Auburn et une Studebaker qui ne fera qu’un tour), ce sont encore les constructeurs européens qui se disputent la tête. Bugatti (engagé dans sa première course de 24 heures) défend les couleurs françaises, tandis que l’Italie compte sur le succès d’Alfa Romeo. C’est finalement cette dernière qui gagne avec Ivanowsky et Marinoni au volant, établissant ainsi un nouveau record de distance de 2.463 kilomètres.

Plusieurs constructeurs automobiles sont victimes de la récession mondiale et Minerva demeure la dernière marque belge à se battre pour la victoire absolue en 1929. Mais cette édition se révéle être un désastre pour les Belges. Une voiture quitte la piste, tuant un commissaire, et la seule Minerva qui réussi à franchir la ligne d’arrivée est disqualifiée pour avoir bénéficié d’une aide extérieure. Le pire incident implique le pilote le plus populaire du pays, Freddy Charlier. Après un retard de cinquante minutes pour réparer sa Bugatti Type 43, le pilote Belge prend de gros risques pour rattraper le temps perdu. Sa voiture s’écrase à Masta, le tuant sur le coup.

Sur les éditions suivantes, Alfa Romeo est le constructeur à battre. Entre 1929 et 1938, les modèles 6C et 8C remportent cinq autres victoires, Attilio Marinoni décrochant trois victoires consécutives. Il faudra attendre 54 ans pour que Hans Heyer puisse égaler le record de Marinoni. En 1931, la Mercedes SSK conçue par Ferdinand Porsche se révèle comme un sérieux challenger face à l’armada italienne. Après les problèmes électriques de l’Alfa de tête, la monstrueuse Mercedes 7,1l de Geffredo Zehender et du Prince russe Dimitri Jorjadze parvient à signer la première victoire de la marque allemande.

Au cours de la seconde moitié des années trente, les effets du krach de Wall Street se font sentir sur le monde de l’automobile et, en 1934, 1935 et 1937, les 24 Heures de Spa ne sont pas organisées. Les éditions de 1936 et 1938 ont été remportées par Alfa Romeo, deux fois avec Francesco Severi au volant. Alors que des nuages ​​noirs s’amoncèlent au dessus de l’Europe durant l’été 1939, organiser une course automobile est la dernière chose à laquelle chacun pense.

Le guerre laisse le circuit et les installations de Francorchamps dans un état de délabrement avancé. La « Bataille des Ardennes », durant le rigoureux hiver 1944/45, laisse des traces dans la région, notamment dans la ville de Stavelot, à proximité du circuit. Des centaines de civils meurent alors que les Allemands cherchent à s’emparer de la ville.

Il faudra attendre neuf ans avant que les 24 Heures de Spa ne reviennent sur le calendrier international, un an avant que les organisateurs des 24 Heures du Mans ne fassent de même. Bien que la moitié des 41 voitures engagées en 1948 soient des voitures d’avant-guerre, l’équipe officielle Aston Martin (appartenant depuis quelques années à l’industriel David Brown) parvient à engager une toute nouvelle DB1. St John Horsfall et Leslie Johnson montent sur la plus haute marche du podium au terme d’une course éprouvante sous la pluie et dans le brouillard.

L’édition de 1949 est baignée de soleil, et Luigi Chinetti devient le premier pilote à remporter la même année deux courses de 24 heures, Spa et Le Mans. Il manque de peu de laisser filer une victoire pourtant bien méritée à Spa, quand l’huile répandue sur la piste le fait partir à la faute à seulement 30 minutes du damier. Miraculeusement, Chinetti parvient à ramener sa Ferrari 166 aux stands et, après de brèves réparations, s’impose.

Alors que l’intérêt pour les courses de 24 heures diminue, les organisateurs de Spa décident de mettre entre parenthèses leur épreuve et se concentrent sur des courses de voitures de production d’une durée de deux heures. La création du Championnat du Monde des Voitures de Sport, en 1953, relance brièvement les 24 Heures du Spa, mais une date identique à celle du Grand Prix de Lisbonne des Voitures de Sport fait que l’épreuve n’a pas le nombre d’engagés escompté. Pourtant, Ferrari et Alfa Romeo envoient des pilotes d’usine renommés comme Ascari, Villoresi ou Fangio, et les Belges Gendebien, Frère et Swaters sont également au départ. Nino Farina et Mike Hawthorn remportent une nouvelle victoire pour Ferrari, mais Spa perd son statut de championnat du monde peu de temps après et la course de 24 heures disparait du calendrier. Il faudrait attendre 1964 pour que la course soit relancée.

À suivre…

Photos Blancpain GT Series