Neuville rentre bredouille; M-Sport vers le titre constructeurs

On attendait Thierry Neuville, ou bien sûr son principal adversaire dans la course au titre mondial, Sébastien Ogier… C’est Ott Tänak qui a émergé d’un Rallye d’Allemagne d’anthologie, disputé dans des conditions très difficiles.

« Ce Rallye d’Allemagne ressemble plus au Monte-Carlo qu’à un véritable rallye sur asphalte tant les conditions sont variables et piégeuses, les routes glissantes et les changements d’adhérence constants, » déclarait d’ailleurs Ott à l’arrivée. « J’ai bâti ma victoire en restant sur ma position opposée à celle du team d’opter pour des pneus pluie vendredi après-midi. Michelin n’était pas fier de ces pneus avant cette course mais je peux dire qu’ils sont excellents dans ces conditions. Après, nous avons profité des erreurs des autres, étant les seuls à ne pas en commettre. Dans la 2ème moitié du rallye, nous avons pu contrôler notre avantage, sans devoir forcer. C’est formidable. C’est ma première victoire sur l’asphalte. Ça fait du bien. Avec les 25 points glanés ici, je ne vois pas pourquoi je ne continuerais pas à croire en mes chances de titre. »

Ott Tänak a été le seul à ne pas commettre d’erreur en Allemagne. (Photo @World)

Seul à rester à son contact vendredi soir, Andreas Mikkelsen s’est laissé distancer au premier passage dans les 40 km de Panzerplatte puis en commettant un tête-à-queue dans la spéciale suivante. Alors sous la pression d’Ogier, il a bien résisté et a même creusé progressivement l’écart pour offrir une belle 2ème place à Citroën, d’autant plus heureux que Craig Breen est venu coiffer sur le fil Elfyn Evans à la 5ème place.

Andreas Mikkelsen était enchanté du comportement de la Citroën C3 en Allemagne. (Photo @World)

Handicapé comme beaucoup par des choix de pneus pas idéaux le premier jour, Sébastien Ogier n’a cessé de se plaindre de ne pas pouvoir adapter le comportement de sa Fiesta à son style de pilotage.

« L’abandon de Thierry samedi matin a tout changé dans la façon de gérer la course, » commentait le Français. « Je ne pouvais plus prendre de trop gros risques. Dans la Power Stage, j’ai aussi eu l’avantage de connaître le temps de Thierry, qui n’était pas bon, avant de m’élancer. Je ne devais donc plus trop pousser. Deux points, ce n’est pas énorme mais ils pourraient être déterminants au final. J’espérais mieux en venant ici mais le week-end a quand même été fructueux. »

Sans l’avouer, Sébastien Ogier accepte difficilement d’être dominé par Tänak à montures égales. (Photo @World)

Alors que Jari-Matti Latvala a multiplié les erreurs et été retardé par un problème de moteur en fin de 1ère journée, et qu’Esapekka Lappi n’a compris que le dernier jour, après avoir analysé les data samedi soir, comment être efficace au volant de la Yaris, Juho Hänninen a été de loin le meilleur des pilotes Toyota, décrochant une inattendue 4ème place devant Breen, Evans, Latvala et Paddon.

Juho Hänninen a été la bonne surprise de Rallye d’Allemagne en se montrant généralement plus performant et plus régulier que ses équipiers chez Toyota.

Très discret, Paddon termine finalement premier pilote Hyundai à la 8ème place seulement, après l’abandon sur sortie de route de Sordo, 2ème leader vendredi matin, et le malheureux coup du sort ayant frappé Thierry Neuville samedi matin.

« Je n’ai pas commis d’erreur, » expliquait notre compatriote. « Tout le monde, Breen et Ogier, a pris cette corde. Tout le monde est passé au même endroit. Ça pouvait arriver à chacun… Nous avons perçu un petit choc et j’ai vu dans le rétroviseur que la roue arrière gauche était à l’équerre. Un peu plus loin, la transmission a lâché. C’était fini. Le premier jour, j’ai eu des difficultés à trouver la confiance à cause de choix de pneus pas idéaux. Nous avons quand même eu un peu de chance puisque nous avons pu repasser Ogier quand il a commis une faute. Après l’abandon, il fallait tout miser sur la Power Stage. Mais dès le premier passage dans la spéciale, nous avons compris que ce serait difficile. Les réglages n’étaient pas parfaits. Cette spéciale était très rapide et son tracé particulier. Il était clair qu’il fallait prendre des risques pour espérer faire un bon temps dans la Power Stage. Hélas, j’ai fait deux petites fautes au début. Je savais alors que ce ne serait pas bon. Ce rallye ne s’est pas passé comme on l’espérait. Mais rien n’est perdu. 17 points au championnat, c’est encore possible. Il reste trois épreuves. Il faudra toutefois changer notre approche et attaquer plus fort pour frapper un grand coup. »

Un week-end à oublier pour Thierry Neuville, Nicolas Gilsoul et Hyundai. (Photo Hyundai Motorsport/Sarah Vessely)

Pour Hyundai, le week-end aura été catastrophique dans le cadre du Championnat Constructeurs. A l’inverse, M-Sport a fait une excellente opération avec deux voitures sur le podium. L’équipe de Malcolm Wilson, qui a par ailleurs comblé la seule lacune de son palmrès en s’imposant enfin en Allemagne, est donc bien partie pour devenir le premier team privé à décrocher le titre Constructeurs.

Autre candidat « belge » au titre, mais dans le WRC Trophy, Jourdan Serderidis n’a pas connu de réussite non plus.

« Au début, nous nous livrions une lutte à la seconde avec Jean-Michel Raoux, » explique le pilote de la Citroën DS3 WRC aux couleurs de Kroon Oil. « Le premier soir, nous nous étions ménagés une petite avance de 11 secondes. Mais le lendemain, les mêmes problèmes hydrauliques qu’à la course précédente sont réapparus. Le ‘paddle shift’ ne fonctionnait plus et je ne pouvais plus rétrograder en 2ème. Quand le problème a été partiellement résolu, le moteur a commencé à montrer des signes de faiblesse. Nous avons quand même pu terminer, mais derrière Raoux. Il faudra faire mieux dans les prochains rallyes. »

Même s’il n’a pas décroché la victoire espérée, Jourdan Serderidis reste en lice pour le titre en WRC Trophy.

Notons que ce rallye d’Allemagne aurait pu être particulièrement ouvert puisque, outre les trois changements de leader du premier jour, après notamment le scratch surprise de Jan Kopecky sur sa Skoda Fabia R5 dans la ridicule Superspéciale d’ouverture dans les rues de Saarbrücken, pas moins de 10 pilotes se sont partagés les meilleurs temps en spéciales!

Leaders successifs: J. Kopecky ES 1; O. Tänak ES 2; A. Mikkelsen ES 3 à 6; O. Tänak ES 7 à 21.

Meilleurs temps: O. Tänak 5; D. Sordo 4; A. Mikkelsen, J-M. Latvala et J. Hänninen 2; J. Kopecky, T. Neuville, S. Ogier, E. Lappi et C. Breen 1.

Classement final: voir www.wrc.com

Au Championnat du Monde des Rallyes
Pilotes:
1. S. Ogier 177; 2. T. Neuville 160; 3. O. Tänak 144; 4. J.M. Latvala 123; 5. D. Sordo 89; 6. E. Evans 87; 7. C. Breen 64; 8. J. Hänninen 58; 9. H. Paddon 55; 10. E. Lappi 49…
Teams: 1. M-Sport 325; 2. Hyundai 261; 3. Toyota 213; 4. Citroën 163.